Hépatite C : plus de rationnement, accès universel aux génériques !

Publié par jfl-seronet le 19.04.2016
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Thérapeutiquehépatite CVHCAADantiviraux à action directe

Des personnes vivant avec l’hépatite C ainsi que leurs alliés espagnols et internationaux se sont réunis dans le cadre du Congrès International sur le foie (EASL) à Barcelone afin de protester contre le prix exorbitant des médicaments vitaux contre le virus de l’hépatite C. Pour faire baisser ce prix et garantir l’accès universel au traitement, ils demandent la mise en place d’une concurrence par les médicaments génériques.

La conférence EASL (Congrès International sur le foie) qui s’est déroulée du 13 au 17 avril dernier à Barcelone constituait une tribune idéale pour dénoncer les politiques de rationnement dans l’accès aux nouveaux médicaments qui sont conduites du fait des prix trop élevés des antiviraux à action directe. Plusieurs organisations (1) n’ont pas raté le coche pour porter leur revendications d’un "accès universel aux médicaments génériques".

"Presque toutes les personnes avec l’hépatite C peuvent guérir grâce aux nouveaux antiviraux à action directe (AAD), mais l’avidité du laboratoire Gilead empêche l’accès universel à leurs médicaments pourtant vitaux. Des gens continuent à mourir inutilement, tandis que Gilead récolte des milliards de profit annuel". C’est ce qu’a, notamment, dénoncé Damián Caballero de la plateforme des personnes affectées par l’hépatite C. "Leurs AAD leur ont déjà rapporté plus de trente-deux milliards de dollars, une somme largement supérieure à celle investie dans leur développement". "Plus de 150 millions de personnes ont une hépatite C chronique et ont besoin d’un traitement. Certains ont une cirrhose et sont à risque d’une insuffisance hépatique et du cancer du foie. Chaque année, près de 750 000 personnes meurent du VHC, qui peut pourtant être rapidement guéri en toute sécurité grâce aux AAD oraux. Malheureusement, les AAD sont inabordables — ou introuvables — dans la plupart des pays", rappellent les signataires.

Des brevets et des prix exorbitants

"Avec le sofosbuvir (Sovaldi), Gilead Sciences a fixé la norme en matière de prix scandaleux. A son lancement, le prix du sofosbuvir s’élevait à 1 000 dollars US par comprimé, ou à un minimum de 84 000 dollars par traitement. Harvoni, l’association à doses fixes de Gilead [sofosbuvir + lédipasvir, ndlr], coûte encore plus cher. Par conséquent, peu de pays sont à même de proposer un traitement contre le VHC. Lorsque celui-ci est disponible, les prix exorbitants de Gilead les contraignent à limiter l’accès au traitement", expliquent les signataires. En découle une politique de rationnement. Afin d’éviter la faillite des systèmes nationaux de santé, seuls les patients les plus gravement atteints sont traités. "Tous ces problèmes, le manque d’accès aux traitements inclus, démontrent que le système de recherche, de développement et d’innovation ne fonctionne pas et doit  être rénové", a expliqué Vanessa Lopez de Salud por Derecho. Même dans les pays à revenu élevé, le traitement contre le VHC est rationné. En Espagne, qui compte plus de 500 000 personnes avec le VHC, seules 40 000 d’entre elles ont été traitées. "Du fait de la protection de son brevet pour vingt ans, Gilead a pu fixer le prix de ses AAD, qu’il justifie en affirmant qu’ils coûtent moins chers qu’une greffe du foie. Nous devons mettre un terme à ces monopoles illégitimes", a indiqué, de son côté, Chloé Forette de Médecins du Monde. De fait, "les prix élevés pratiqués par Gilead ne correspondent en rien aux coûts de leur recherche et développement". La majorité des pays à revenu faible et intermédiaire — qui comptent plus de 120 millions de personnes avec l’hépatite C — n’a pas accès au traitement VHC de Gilead. Le laboratoire affirme que son programme de licences volontaires permet à 103 millions de personnes avec le VHC d’accéder au traitement, mais la réalité est toute autre, indiquent les organisations non gouvernementales.
"Le sofosbuvir doit être enregistré dans chaque pays pour être vendu. Gilead n’a enregistré le sofosbuvir que dans neuf de ses 101 "pays d’accès" inclus dans le champ d’application des licences". L’objectif principal des licences volontaires de Gilead est de contrôler le marché en empêchant l’accès aux médicaments génériques dans les pays où il peut engranger des profits élevés. Gilead n’a proposé des licences volontaires qu’à quelques-uns des pays les plus lourdement touchés par le VHC. "Sans l’accès à des versions génériques du sofosbuvir, ces pays sont à la merci de Gilead et de ses prix", a analysé Tracy Swan de Treatment Action Group. Un exemple ? "Au Brésil, Gilead commercialise le sofosbuvir à plus de 7 000 dollars US, en dépit d’un revenu national brut par habitant qui s’élève à 961 dollars US par mois".

Actions pour l’accès universel

Alors quelles solutions ? "La concurrence générique sans restriction est la meilleure stratégie pour faire baisser les prix des médicaments", expliquent les signataires. "A titre d’exemple, un traitement de douze semaines de sofosbuvir est actuellement vendu 325 dollars US en Inde, et ce prix continuera à chuter grâce à la réalisation d’économies d’échelle. Les versions génériques du sofosbuvir pourraient être produites en masse à un coût inférieur à un dollar US par comprimé.

Les Etats peuvent s’opposer aux politiques de prix scandaleuses en invoquant des clauses de sauvegarde afin de protéger la santé publique. Ils peuvent émettre des licences obligatoires qui leur permettront de proposer des médicaments génériques abordables. Celles-ci ont déjà permis de baisser le prix des médicaments contre le VIH, en les faisant passer de 10 000 dollars US par an à moins de 100 dollars US par an". A la conférence de Barcelone, patients et militants ont uni leurs forces pour "protester contre l’accès restreint aux AAD" et "dénoncer leurs prix exorbitants". Ils encouragent les organisations de la société civile à s’opposer aux brevets illégitimes entravant l’accès aux médicaments contre le VHC et demandent : "à Gilead d’enregistrer le sofosbuvir MAINTENANT, dans tous les pays qui en ont besoin" ; "à Gilead d’étendre ses licences volontaires à l’ensemble des pays les plus lourdement touchés par le VHC" ; "à Gilead de baisser les prix de ses médicaments contre le VHC afin que l’accès universel devienne une réalité". Ils demandent aux gouvernements "de faire tomber les barrières que constituent les brevets en exerçant leur droit à émettre des licences obligatoires, afin qu’ils puissent garantir l’accès à des AAD génériques abordables". "Le sofosbuvir n’est que la partie émergée de l’iceberg. De nouveaux traitements contre la maladie d’Alzheimer ou le cancer risquent d’être rationnés en raison de prix exorbitants. Nous demandons la tenue d’un débat public sur les méthodes de fixation des prix des médicaments, ainsi que des mécanismes de financement alternatifs pour la recherche et développement, plus de transparence sur le coût réel du développement des médicaments, et que les laboratoires soient redevables de l’argent public finançant leurs recherches", concluent les organisations non gouvernementales.

(1) : Médecins du Monde, Tag, Salud pour derecho, Alliance for public health, SOS hépatites, FNH, ANP plus, PKNI, Grupo Efecto positivo, Comede, Fédération Addiction, Coalition PLUS, CHV, ITPC Ru, ITPC Mena, Hep Coalition, Ass Cat, etc.