ANRS Parcours : de nouvelles données

23 Août 2018
6 306 lectures
Notez l'article : 
0
 

L’exploitation de l’enquête ANRS Parcours se poursuit et livre encore des données importantes. Une nouvelle analyse publiée dans l’"European journal of public health" indique ainsi que 12 % des personnes migrantes originaires d'Afrique subsaharienne et vivant avec le VIH sont confrontées à des refus de soins. Comme le raconte le "Quotidien du Médecin", les personnes bénéficiant de la couverture maladie universelle (CMU) ou de l'aide médicale d'Etat (AME) sont particulièrement touchées par ces refus. Les chercheurs-euses sont parvenus à ce résultat en comparant trois groupes de personnes originaires d'Afrique subsaharienne recrutés en Île-de-France afin d'étudier la fréquence des refus de soins. Il y avait un groupe de référence : 760 personnes qui provenaient de centres de santé. Un groupe de personnes suivi pour le VIH : 922 personnes venant de services spécialisés dans l'infection au VIH et 777 personnes de services spécialisés dans la prise en charge de l'hépatite B chronique ; le dernier groupe ne comprend que des personnes seulement infectées par le VHB. Les personnes ont été interrogées entre 2012 et 2013 sur leur expérience de refus de soins depuis leur arrivée en France. Interrogé par le quotidien médical, le Dr Nicolas Vignier (infectiologue ; Inserm, Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de Santé publique et groupe hospitalier Sud Île-de-France), premier auteur de l’étude, explique que le "refus de soins de la part des professionnels-les de santé n'est pas rare en France, surtout en médecine libérale et pour les patients-es bénéficiant de la CMU ou de l'AME". Dans le groupe de référence, 6,2 % des patients-es ont été confrontés à des refus de soins. Chez les patients-es infectés par le VIH, ce chiffre double et atteint 12,2 %. Il est de 9,6 % chez les patients-es atteints d'hépatite B chronique. Plus d'un tiers des patients a indiqué que la raison du refus était leur affiliation à la CMU ou l'AME - ce chiffre est de 56,5 % chez les patients-es souffrant d'hépatite B chronique qui bénéficient davantage de l'AME, détaille le "Quotidien du Médecin". Dans son interview, le docteur Viguier rappelle bien que ces refus de soins sont illégaux. Les justifications avancées pour ces pratiques seraient notamment des délais de remboursement trop longs et des abus de la part des patients-es, des arguments assez classiques. "Or, les données scientifiques ne montrent pas de surconsommation de soins chez les patients bénéficiaires de la CMU ou de l'AME à besoin de soins équivalent, précise l'infectiologue. Ces patients ne devraient pas faire l'objet de rejet alors que la précarité est un facteur de risque pour la santé (…) L'infection à VIH est une double peine pour ces patients-es". Pour les patients-es VIH, le statut séropositif a été un motif de refus de soins dans 29,1 % des cas, ce qui témoigne d’une méconnaissance du VIH, indique l'infectiologue.