Fonds mondial : les archives Clinton révèlent les dessous de l'éviction de Michel Kazatchkine

11 Novembre 2015
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L'administration américaine a rendu publics, fin octobre, des milliers de messages de l'ex-chef de la diplomatie Hillary Clinton, dont une série semblent contredire la version officielle du départ de Michel Kazatchkine de la tête du Fonds mondial de lutte contre le sida en janvier 2012, indique l’AFP. Ces messages entre responsables américains ont été publiés depuis le 30 octobre dernier sur le site du département d'Etat américain. Ils seraient en partie expurgés. Ils montrent que le conseil d'administration du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme avait dénoncé "la mauvaise gestion" de son directeur de l’époque, le Français Michel Kazatchkine et que ce même conseil était unanimement favorable à son départ. Les messages publiés semblent aussi confirmer les révélations du magazine "Marianne" en janvier 2012, à savoir que l’éviction du professeur Michel Kazatchkine aurait pour cause les 2,8 millions de dollars accordés (mais non approuvés par vote) par le Fonds mondial à une campagne de lutte contre le sida, "Born HIV-free", portée par l'ex-Première dame française, Carla Bruni-Sarkozy, alors ambassadrice de la lutte contre le sida. A l’époque, en différentes occasions, Carla Bruni-Sarkozy avait expliqué que cette campagne était distincte de sa fondation (ce qui semble vrai) et qu’elle n’avait reçu "aucun argent public" (ce que démentent les messages des archives Clinton). Selon le contenu des messages, le sort de Michel Kazatchkine se serait joué lors de la 25e réunion du conseil d'administration du Fonds mondial les 21 et 22 novembre 2011 à Accra, au Ghana. Hillary Clinton, alors secrétaire d'Etat (l’équivalent du ministre des Affaires étrangères), était tenue au courant des moindres développements. Les Etats-Unis avaient décidé d’exercer une pression forte pour démettre le Français. "Le comité de haut niveau qui a examiné les contrôles fiduciaires du Fonds mondial, ainsi que d'autres contrôles internes, ont lourdement critiqué le directeur exécutif (un citoyen français soutenu par le président Sarkozy) pour sa faible gestion des opérations du secrétariat, une relation fracturée avec l'inspecteur général du Fonds et une attention insuffisante à la supervision des fonds", écrivait ainsi John Monahan, conseiller spécial du département d'Etat, dans un message à la directrice de cabinet d'Hillary Clinton. Dans un autre message, on apprend selon un compte-rendu d'Eric Goosby, coordinateur mondial pour le sida des Etats-Unis, que le conseil du Fonds mondial avait décidé "de congédier Michel Kazatchkine avant le 31 décembre 2011". Eric Goosby écrivait aussi que "les représentants français" et ceux de la Commission européenne avaient décidé de lâcher Michel Kazatchkine lorsqu’ils avaient appris l’histoire des fonds non approuvés de 2,8 millions de dollars pour la campagne "Born HIV-free". Le 24 janvier 2012, Michel Kazatchkine annonçait sa démission pour une "question de principe", assurant que cette démission n'avait rien à voir avec ses liens avec Carla Bruni-Sarkozy. Le président du conseil d'administration du Fonds à l'époque, Simon Bland, avait nié toute mise en cause à ce sujet. Selon le Fonds, le versement des 2,8 millions de dollars s'était fait dans le respect des procédures.