Homophobie à Oslo : arrestations

30 Septembre 2022
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La police norvégienne a annoncé lundi 26 septembre l’arrestation de deux complices présumés de l’auteur de la fusillade qui avait fait deux morts à Oslo fin juin en marge des célébrations de la Marche des fiertés. Mis en cause pour « complicité d’acte terroriste », les deux suspects ont été interpellés dimanche 25 septembre dans la capitale norvégienne : l’un est de nationalité somalinenne ; l’autre est norvégien, a indiqué la police d’Oslo dans un communiqué. Le 25 juin dernier, un individu avait ouvert le feu près d’un bar gay, le London Pub, au cœur de la capitale de la Norvège pendant la Marche des fiertés LGBT, tuant deux hommes de 54 et 60 ans et blessant 21 autres personnes. Ces nouvelles arrestations portent à quatre le nombre de personnes mises en cause dans l’attaque qui avait choqué la nation scandinave.

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INSULTES, MENACES, HOMOPHOBIE... 17 PERSONNES JUGÉES POUR AVOIR HARCELÉ EDDY DE PRETTOJustine Chevalier - Le 03/10/2022 à 7:00

L'acteur et musicien français Eddy de Pretto sur la scène de la salle Pleyel à Paris, le 22 février 2019 - Bertrand GUAY © 2019 AFP

17 personnes sont renvoyées devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir adressé des messages haineux, pour certains en raison de l'homosexualité du chanteur, après une prestation à l'église de Saint-Eustache à Paris. 

"Crève en enfer sale chien et ce n'est qu'une question de temps." Mallory W. l'a reconnu en garde à vue, il aurait bien "cassé la gueule" au chanteur Eddy de Pretto. Son message publié sur Instagram - et qu'il n'a pas regretté en garde à vue - était assorti d'une photographie d'un homme pendu. Pour lui, il s'agissait d'une réponse appropriée à la prestation du chanteur - ouvertement gay - en juin 2021 au sein de l'église Saint-Eustache à Paris.

Mallory W. fait partie des 17 personnes jugées ces lundi et mardi par le tribunal correctionnel de Paris pour "harcèlement au moyen d'un service de communication au public ou par le biais d'un support numérique ou électronique ayant causé une ITT supérieure à 8 jours". Pour six d'entre eux, le caractère homophobe a été retenu lors de l'enquête menée par l'Office central de lutte contre les crimes contre l'Humanité et les crimes de haine.

 Messages d'insultes et homophobes

Le 24 juin 2021, Eddy de Pretto dépose plainte au commissariat du XVIIIe arrondissement de Paris après avoir reçu sur son compte Instagram de multiples messages d'insultes, de menaces et de haine et homophobes. Quelques jours plus tôt, l'artiste s'est produit lors d'un concert en l'église Saint-Eustache, programmé par le prêtre de la paroisse. Il y interprète trois chansons dont À quoi bon?, un titre dans lequel il évoque la difficulté de concilier religion et homosexualité et qui contient le terme "sodomite".

"M'aimeras-tu quand même si je reste toujours tout aussi libre?", y chante Eddy de Pretto. "Je crois que je n'suis pas prêt pour obéir à ta Bible. Je sais ce qui te plaît, je crois que je n'ai pas lu les bons livres."

Eddy de Pretto relaie sa prestation sur son compte Instagram dans une story, ces photos ou vidéos disponibles pendant 24 heures. Sauf si celle-ci est repartagée sur d'autres comptes. C'est par ce biais que la majorité des 15 prévenus disent avoir eu connaissance de cette vidéo.

"Cette publication a entraîné de très nombreuses réactions haineuses sur les réseaux sociaux avec des injures et des menaces", relèvent les enquêteurs dans leur synthèse dont BFMTV.com a eu connaissance.

Un avocat évoque "une réaction épidermique"

"Honte", "provocation", "prestation blessante"... Face aux enquêteurs, les 17 personnes interpellées dans le cadre d'une vaste opération de gendarmerie menée en mars ont exprimé leur indignation vis-à-vis du concert donné par Eddy de Pretto dans un lieu de culte. Certains évoquent un "blasphème".

"J'étais énervé par a prestation honteuse et décadente eu égard au patrimoine culturel du lieu choisi", a expliqué Sofian C., 23 ans, aux enquêteurs. Eliott N., 20 ans, dit avoir été "blessé" dans sa foi par "les obscénités chantées dans une église". Simon N., 20 ans, dit qu'il voulait que le chanteur comprenne que l'église n'est pas un lieu pour "ce genre de spectacle".

"Mon client a eu une réaction épidermique et envoyé un message privé à Eddy de Pretto", justifie à l'approche du procès l'avocat de ce dernier Me Ian Knafou.

"Il n'avait pas conscience que d'autres envoyaient aussi des messages, et que son message s'inscrivait dans une multitude", assure son conseil. "Il n'a pas eu la volonté de participer à un groupe, à une vague de harcèlement."

Elliott N. a envoyé au chanteur le message "la hache pour toi". "Vous savez ce qu'il vous reste à faire les Marseillais", invective Matteo D., informant que le chanteur sera ce jour-là en dédicace dans la ville. "Oublie pas de bien regarder derrière toi en marchant", menace quant à lui Valentin H., 25 ans, interpellé en Gironde.

"Le manque de respect de la maison de Dieu, c'est coupage de tête", publie Jérémy P., 20 ans, une référence moyenâgeuse pour un individu qui dit vouloir élire un roi ou un président pour son "courage" et sa "vaillance".

Des conséquences directes sur le chanteur

Six prévenus vont comparaître pour harcèlement "commis en raison de l'orientation sexuelle ou l'identité de genre de la victime". Yvon L. 21 ans évoque "un truc de dégénérés" pour parler du concert d'Eddy de Pretto. Sofian C., 23 ans, originaire de Côte-d'Or, qualifie le chanteur d'"espèce de dégénéré de merde" "à jeter aux flammes". Thomas G., 22 ans, qualifie l'artiste de "sous-homme de cette espèce".

"Ces homophobes, royalistes, anarchistes d’extrême droite ne gagneront jamais", a réagi Eddy de Pretto à l'époque sur son compte Twitter. "L’amour gagne toujours."

"Celles et ceux qui crient au scandale car l'église ouvre ses portes à un chanteur gay, que pensez-vous de Keith Haring ouvertement gay avec son triptyque sur le sida exposé au même endroit?", a également écrit l'artiste sur son compte Instagram, relate Têtu.

"L'invitation d'Eddy de Pretto à chanter cette chanson et la publicité qu'il a souhaité lui donner sur Instagram, dans le but de partager ce moment de paix et de dialogue, a généré un torrent de haine et de menaces avec plusieurs milliers de messages adressés à l'artiste en quelques jours", font savoir ses avocats rappelant que le chanteur avait été "invité à donner un concert à l'église Saint-Eustache dans le cadre d'un festival".

Eddy de Pretto a porté plainte le 24 juin 2021 à la suite de cette vague de harcèlement. Une expertise psychiatrique demandée dans le cadre de l'enquête a déterminé que le jeune homme de 29 ans souffre des conséquences de ces messages insultants reçus. Troubles du sommeil, réveils nocturnes, crainte d'être retrouvé, obligation de se faire accompagner par un garde du corps... L'artiste a dû déménager. Des symptômes qui tendent à s'estomper avec le temps.

"Outre les peines d'emprisonnement et d'amende encourues par les prévenus, Eddy de Pretto sollicitera la réparation de son préjudice. Les dommages-intérêts qui pourraient lui être alloués seront reversés à des associations de lutte contre le harcèlement et l'homophobie", concluent les avocats du chanteur dans un communiqué.

 

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