Vigilance sur l’association sofosbuvir et amiodarone

5 Mars 2020
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Mi-janvier, une réunion du Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (Prac) de l’Agence européenne des médicaments (EMA) s’est tenue. À cette occasion, la question des antiviraux à action directe contenant du sofosbuvir (Epclusa, Vosevi, Harvoni, Sovaldi) et leur interaction avec l’amiodarone, une molécule utilisée dans le traitement des affections cardiaques, a été abordée. Ce qui a conduit l’Agence nationale de sécurité du médicament française (ANSM) à publier une information. Quatre antiviraux à action directe (AAD) : Epclusa (sofosbuvir/velpatasvir), Vosevi (sofosbuvir/velpatasvir/voxilaprevir), Harvoni (sofosbuvir/ledipasvir) et Sovaldi (sofosbuvir) contiennent du sofosbuvir. Or cette molécule si elle est administrée avec de l’amiodarone constitue un « risque de bradyarythmie » (trouble du rythme cardiaque). Le Prac a renforcé ses mises en garde. Et l’ANSM d’expliquer : « En raison d’un risque de bradycardie sévère et de troubles de la conduction, l’amiodarone ne doit être utilisée chez les patients traités par sofosbuvir qu’en cas d’intolérance ou de contre-indication aux autres traitements anti arythmiques et une surveillance adaptée doit être mise en place dans le cas où le recours à l’association serait inévitable. Ce risque avait fait l’objet d’une lettre aux professionnels de santé et d’un point d’information sur le site internet de l’ANSM en mai 2015 ». La mise en garde est donc réactivée aujourd’hui. La raison ? De nouveaux « signalements ont été observés suite à l’utilisation de cette association depuis mai 2015, rapporte l’ANSM.  Dans certains cas, alors que le prescripteur avait bien connaissance du risque de bradyarythmie et a arrêté l’amiodarone avant d’initier le traitement antiviral, la longue demi-vie de l’amiodarone n’a pas, ou a été insuffisamment prise en compte avant l’instauration du sofosbuvir ». Dans ce contexte, le Prac a considéré que les mises en garde relatives au risque de bradyarythmie lors de la co-administration du sofosbuvir et de l’amiodarone nécessitaient d’être renforcées. « Ainsi, si l’utilisation concomitante de l’amiodarone est jugée nécessaire, il est dorénavant recommandé que tous les patients (et non plus seulement les patients à haut risque de bradyarythmie) fassent l’objet d’une surveillance continue pendant 48 heures en milieu hospitalier adapté après le début de la co-administration. De plus, il est dorénavant recommandé de mettre en place par la suite une surveillance journalière de la fréquence cardiaque du patient, en ambulatoire ou par le patient lui-même, pendant au moins les deux premières semaines de traitement. Compte tenu de la longue demi-vie de l’amiodarone, une surveillance cardiaque identique à celle décrite ci-dessus doit être également mise en place chez les patients qui ont arrêté l’amiodarone au cours des derniers mois et qui doivent débuter un traitement contenant du sofosbuvir. Tous les patients infectés par le VHC recevant une spécialité contenant du sofosbuvir et traités de manière concomitante ou récente par amiodarone doivent être avertis des symptômes de bradycardie et de troubles de l’activité électrique du cœur,  et ils doivent être informés de la nécessité de consulter un médecin en urgence s’ils ressentent ces symptômes. En conséquence : le résumé des caractéristique du produit et la notice des spécialités concernées seront modifiés prochainement.