La politique américaine sur l'avortement menace la lutte contre le VIH

29 Août 2018
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Effet boomerang. Des scientifiques et activistes du monde entier ont averti, fin juillet, à l’occasion de la conférence internationale sur le sida d’Amsterdam, que la politique désormais conduite par les autorités américaines, qui coupe les vivres d’organisations non gouvernementales soutenant l'avortement, menace les programmes de lutte contre le VIH. En mai 2017, l’administration Trump a adopté un décret qui stipule que les organisations de santé qui fournissent des services ou conseils liés à l'avortement ne reçoivent plus les subventions des fonds publics américains, même si elles financent ces services dédiés à l’avortement avec leurs propres fonds. Autrement dit, une ONG qui défend l’avortement ne perçoit plus rien de l’État. Ces nouvelles dispositions touchent ainsi les centres de santé qui offrent, par exemple, des services de dépistage du VIH, tout en proposant ceux sur l'avortement, indique l’AFP. Cela concerne notamment les fonds accordés par le programme Pepfar, un programme américain de lutte contre le sida lancé en 2003 par l'ancien président George W. Bush. Pepfar est aujourd'hui un donateur majeur pour le dépistage et le traitement du VIH dans le monde entier et son budget est plus nettement plus élevé que celui du Fonds mondial. Cette nouvelle politique refuse de financer les organisations qui défendent l'avortement, a indiqué Anton Pozniak, le nouveau président de la Société internationale sur le sida, organisatrice de la conférence mondiale. Il prend la suite du professeur Linda Gail Bekker. Ces conditions s'appliquaient déjà aux cliniques de planning familial américaines. "Maintenant, sous l'administration Trump, cela s'applique à presque toutes les aides sanitaires bilatérales dans le monde", a déclaré Anton Pozniak lors d’une conférence de presse à Amsterdam. Selon lui, "la portée de cette politique a été considérablement élargie et pourrait renverser les progrès" réalisés contre la propagation du VIH. D'après Jennifer Kates, membre de l'association "Kaiser Family Foundation", cette politique risque de toucher "des centaines de bénéficiaires" Certaines cliniques ont commencé à réduire leur personnel, et d'autres ont déjà fermé, a expliqué Tikhala Itaye du mouvement de défense des droits des femmes "She Decides". À Amsterdam, de nombreux activistes ont estimé que les organisateurs (IAS donc) devraient revoir leur décision de tenir la prochaine conférence sur le sida à San Francisco. "Pas de conférence sur le sida dans l'Amérique de Trump", a lancé une coalition qui s'est nommée "Sida 2020 pour tous".