Quand la presse stigmatise les PVVIH

12 Septembre 2020
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« Le démon séropositif », « La brute au virus mise en cage », « Déchaînement de VIH », « Attaque au VIH », « Virus mortel », « Peine de perpétuité au VIH », etc. Ces gros titres ont fait la une de la presse britannique et ils contribuent à amplifier la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH, d’après une analyse des professeurs-es Rusi Jaspal et Brigitte Nerlich publiée dans la revue médicale Health. Les enquêteur-rice-s ont analysé 178 articles dans 22 organes de presse britanniques qui ont couvert l’affaire Darryl Rowe entre 2016 et 2019 rapporte le site aidsmap. Cet homme écossais avait défrayé la chronique en 2017 en devenant la première personne au Royaume Uni à être reconnue coupable de transmission volontaire du VIH dans le but de nuire à la santé de ses partenaires. En effet, il avait sciemment refusé de prendre un traitement antirétroviral et d’utiliser des préservatifs lors de rapports sexuels. Au-delà du fond de cette affaire, les professeurs-es se sont concentrés-es sur son traitement médiatique et notamment le fait que Darryl Rowe était rarement mentionné par son nom mais souvent réduit à son statut sérologique avec une emphase péjorative et dangereuse autour de la vie avec le VIH. En insistant sur le caractère dangereux voire inéluctablement mortel d’une infection à VIH, ces articles ont entretenu une représentation dépassée et scientifiquement fausse de la réalité du VIH de nos jours. Aucun de ces articles n’a expliqué en quoi les traitements actuels permettaient aux personnes vivant avec le VIH d’avoir une espérance de vie normale et de ne pas transmettre le virus à leurs partenaires. Dans ces articles, la sexualité entre hommes était également stigmatisée avec des termes comme « le monstre de Grindr » ou « le démon de l’appli de drague » perpétuant ainsi le cliché du gay prédateur qui roderait sur les applis de rencontres à la recherche de victimes ». Une réalité dans cette affaire, mais qui ne peut pas être généralisée et surtout qui n’est pas une caractéristique dans la communauté gay. Encore plus problématique, la détresse psychologique des hommes infectés dans cette affaire était plus associée au fait de vivre avec le VIH que d’avoir été infecté par une personne qui se savait contaminante. Certains témoignages sont ainsi repris mot pour mot sans aucune explication sur l’efficacité des traitements. Un des hommes déclarait ainsi : « J’ai l’impression d’avoir un poison en moi ». Un autre disait : « Rowe m’a dit qu’il était clean alors on n’a pas utilisé de capotes. Il a ruiné ma vie ». Et un troisième d’ajouter : « C’est une condamnation à vie et ça, finira par me tuer ». Les professeurs-es reconnaissent que communiquer des messages de santé publique n’est pas le rôle principal des journalistes mais qu’ils-elles ont une « responsabilité envers la société de fournir une information équilibrée, véridique, factuelle et objective ».

Références : Jaspal R & Nerlich B. HIV stigma in UK press reporting of a case of intentional HIV transmission. Health: An Interdisciplinary Journal for the Social Study of Health, Illness and Medicine, online ahead of print, 8 August 2020 (open access).