Fonds mondial : pression sur la France

Publié par jfl-seronet le 02.09.2019
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Mondefonds mondial

En marge du G7 de Biarritz, plusieurs États ont annoncé qu’ils allaient augmenter leur contribution financière au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Pour plusieurs ONG, ces annonces permettent de faire une nouvelle fois pression pour une augmentation significative de la contribution française… qui pourrait être annoncée en octobre lors de la conférence de reconstitution des fonds à Lyon.

Le geste le plus fort est venu de l’Allemagne. En marge de la réunion du G7 qui s'est tenue à Biarritz, en août dernier, la chancelière allemande Angela Merkel s'est engagée à verser un milliard d'euros, sur une période de trois ans (2020 à 2022), au Fonds mondial. Cette annonce correspond à une augmentation de 25 %, comparée aux 800 millions d’euros annoncés par l’Allemagne en 2016 pour les années 2017-2019, rappelle l’AFP. Cette décision a été saluée par le Fonds mondial : « En promettant un milliard d’euros, l’Allemagne apporte véritablement la preuve de son engagement à accélérer le mouvement contre le VIH, la tuberculose et le paludisme et à avancer plus rapidement vers l’Objectif de développement durable de garantir santé et bien-être pour tous », a indiqué Peter Sands, son directeur exécutif. « Nous remercions la Chancelière Merkel pour le rôle moteur qu’elle n’a cessé de jouer dans la santé mondiale. Forts de ce fabuleux soutien, nous pouvons sauver des millions de vies, repartir sur la bonne voie pour en finir avec les épidémies et contribuer à mettre en place les systèmes résistants et pérennes pour la santé qui sont essentiels pour garantir la couverture sanitaire universelle. » L’Allemagne soutient fermement le Fonds mondial depuis que ce dernier a été créé en 2002 et elle en est le quatrième donateur.

D’autres pays s’engagnent à financer plus

Outre l’Allemagne, la Grande-Bretagne, le Luxembourg, l’Irlande, le Portugal, le Japon, la Suisse, le Canada, l’Italie, la Corée du Sud ont annoncé une augmentation de leur contribution de 5 à 50 %. La Corée du Sud a récemment accueilli « des partenaires et des militants pour un colloque de haut niveau portant sur le renouvellement de l’engagement et sur le leadership du pays dans la lutte menée contre les formes épidémiques du paludisme et de la tuberculose ». À cette occasion, Lee Taeho, vice-ministre des Affaires étrangères de Corée, a expliqué : « Je souhaite sincèrement que le Fonds mondial parvienne à atteindre son objectif de mobilisation des ressources. De son côté, la Corée entend assumer pleinement ses responsabilités en augmentant nettement sa promesse de don au Fonds mondial pour la période 2020/2022 ». Depuis qu’elle s’est associée au Fonds mondial en 2004, la Corée a apporté 40,6 millions de dollars et a fourni des produits de santé d’une valeur de plus de 286 millions de dollars ; ce qui fait d’elle le sixième fournisseur de produits de santé essentiels et le troisième pour les tests de diagnostic.

De son côté, la Suisse versera 94 millions de francs suisses, a indiqué le journal Le Nouvelliste. Soixante-quatre millions iront au Fonds mondial pour la période 2020-2022 et 30 millions à l’Onusida pour 2019-2021. Lutter efficacement contre ces infections réduit le risque sanitaire pour l'ensemble de la planète et pour la Suisse, rappelle le gouvernement.

Dans le cadre du G7, l’Union européenne et l'Italie ont aussi annoncé de fortes contributions. Le gouvernement italien a annoncé une contribution de 161 millions d’euros pour les trois prochaines années, soit une hausse de 15 % pour ce pays. « L’augmentation de la contribution de l’Italie au Fonds mondial confirme notre solide engagement en faveur de la santé mondiale », a déclaré Emanuela Del Re, vice-ministre des Affaires étrangères et de la coopération internationale, lors du G7. Du côté de l’UE, Donald Tusk, le président du Conseil européen, a annoncé au nom de l’Union une promesse de don de 550 millions d’euros en faveur de la sixième reconstitution des ressources du Fonds mondial. Il s’agit d’une hausse de 16% par rapport à la contribution précédente. L’Union européenne est le sixième donateur du Fonds mondial. Cette promesse de don portera à plus de 2,6 milliards d’euros le montant qu’elle aura engagé à l’appui du Fonds mondial depuis qu’il a été créé en 2002.

Le 22 août, c’était le Canada qui annonçait une forte augmentation de sa contribution. Maryam Monsef, ministre canadienne du Développement international et ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, avait fait part d’une promesse de don de 930,4 millions de dollars canadiens pour les trois prochaines années, soit une hausse de 15,7 % par rapport à la précédente contribution du Canada. Le Canada est l’un des membres fondateurs du Fonds mondial auquel il a versé plus de 2,2 milliards de dollars US depuis 2002.

Pression sur Paris

Dans un communiqué, Coalition PLUS, AIDES, Sidaction et le Crips Île-de-France soulignent que la contribution allemande « répond pleinement à l’appel lancé par le Président Emmanuel Macron le 21 juin pour la lutte contre les grandes pandémies », mais qu’elle doit aussi inciter la France à faire, elle aussi, un geste financier significatif. « La France était le seul pays du G7 qui n’avait pas augmenté ses contributions financières lors du dernier tour de financement en 2016 », rappelle Khalil Elouardighi de Coalition PLUS, cité par RFI. Or, cette année, c’est la France qui a « pris la responsabilité d’organiser le tour de financement 2019 », qui se tiendra en octobre, à Lyon. « On attend une augmentation. Il faut que la France soit la mieux-disante du G7 pour compenser ce qu’il s’est passé en 2016. Donc au minimum, faire au moins aussi bien que l’Allemagne avec au moins 25 % d’augmentation », défend Khalil Elouardighi. La demande des ONG est d’ailleurs faite par d’autres instances. Ainsi, en mai dernier, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) avait appelé à une augmentation de la contribution française.

On verra ce qu’il en est en octobre

La France accueillera donc la sixième conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial à Lyon, les 9 et 10 octobre 2019. Cette conférence a pour ambition de mobiliser davantage les efforts visant à en finir d’ici 2030 avec les formes épidémiques de trois des maladies les plus dévastatrices de la planète, comme le prévoient les Objectifs de développement durable des Nations Unies. Le Fonds mondial cherche à recueillir au moins 14 milliards de dollars pour les trois prochaines années, afin d’aider à sauver 16 millions de vies, à réduire de moitié les taux de mortalité liés au VIH, à la tuberculose et au paludisme et à construire des systèmes de santé plus solides d’ici 2023. Cet objectif est cependant jugé trop faible par les ONG qui fixent plutôt l’objectif à 18 milliards de dollars pour les trois prochaines années.

« Après tous ces signaux encourageants, la France doit elle aussi répondre à son propre appel, afin de garantir le succès de la conférence qu’elle organise pour le Fonds mondial et permettre ainsi d’éviter le rebond des pandémies les plus dévastatrices de la planète. Faute de financements internationaux, l’accès à la prévention et aux traitements dans les pays pauvres en sera durablement entravé », concluent les quatre ONG françaises dans leur communiqué.